KALEHE — La bataille ne porte pas uniquement sur quelques kilomètres de territoire. En reprenant mardi 6 octobre le contrôle de Numbi, dans les hauts plateaux de Kalehe au Sud-Kivu, les FARDC et leurs alliés Wazalendo remettent la main sur une position à la fois militaire et minière. Derrière cette nouvelle évolution du front se trouve en effet l’une des importantes chaînes d’approvisionnement en coltan et cassitérite de cette partie de l’Est de la RDC.
La reprise de Numbi intervient après plusieurs jours d’affrontements et de progression des forces gouvernementales et de leurs alliés dans le territoire de Kalehe. Plusieurs positions, notamment autour de Katale, Kafufula, Chambombo, Bishaka, Shanje et Lumbishi, avaient été signalées comme reprises ou disputées avant l’entrée des forces pro-gouvernementales dans Numbi. Des sources locales font également état de pertes dans les rangs adverses et de redditions de combattants de l’AFC/M23, mais aucun bilan officiel consolidé ne permet encore d’en établir l’ampleur. La situation militaire demeure par ailleurs évolutive sur plusieurs axes.

L’importance de Numbi dépasse cependant largement la carte militaire. Une étude consacrée à la fraude et à la contrebande minières dans le territoire de Kalehe identifiait déjà la chaîne d’approvisionnement Numbi-Lumbishi comme l’une des plus importantes de la région. Elle estimait sa capacité à jusqu’à 30 tonnes de coltan et de cassitérite par mois, tout en signalant l’exploitation artisanale de l’or et de pierres semi-précieuses, notamment la tourmaline. Cette concentration de ressources explique en partie la valeur stratégique particulière de cette zone.
Dans une région où minerais, groupes armés, contrebande et contrôle territorial se sont régulièrement entremêlés, reprendre une cité minière peut donc avoir une portée économique autant que militaire. Mais il serait prématuré de convertir automatiquement les 30 tonnes historiquement documentées en autant de « revenus retirés à l’AFC/M23 ». Ce chiffre décrit un potentiel de la chaîne d’approvisionnement étudiée et non les revenus actuels du mouvement rebelle. L’enjeu essentiel sera désormais de savoir qui contrôle effectivement les sites, les circuits d’achat, le transport et la traçabilité des minerais produits autour de Numbi et Lumbishi.

La reprise militaire ne suffira donc pas. Pour que Numbi redevienne véritablement un actif économique au bénéfice de la RDC et des communautés locales, l’État devra rapidement y rétablir son administration minière, sécuriser les sites, identifier les exploitants, rétablir les mécanismes de traçabilité et combattre les circuits clandestins. L’étude consacrée à cette zone alertait déjà sur la persistance de la fraude et de la contrebande. Remplacer un contrôle armé par un autre sans restaurer une véritable gouvernance publique des minerais ne réglerait pas le problème structurel.
Numbi constitue ainsi un test à deux dimensions pour Kinshasa : conserver militairement le terrain repris et reconquérir économiquement ses ressources. Dans l’immédiat, la prudence reste nécessaire puisque les lignes de front demeurent mouvantes à Kalehe et que les combats ont déjà provoqué de nouveaux déplacements de populations. Mais si le contrôle de Numbi se consolide, l’enjeu dépassera la victoire tactique : il faudra empêcher que son coltan, sa cassitérite et son or continuent d’alimenter une économie de guerre qui, depuis trop longtemps, transforme les richesses du sous-sol de l’Est congolais en facteur d’instabilité.
Par Thierry Bwongo

