KINSHASA — « Je les ai vus. » C’est par ce témoignage personnel que le député national Jean-Jacques Mbungani Mbanda a donné, ce vendredi 16 octobre à l’Assemblée nationale, une dimension humaine à un dossier longtemps resté entre les mains des scientifiques et des diplomates : celui des restes humains congolais conservés en Belgique. Dans une motion d’information intitulée « Pour la mémoire, la dignité et le retour de nos aïeux conservés en Belgique », l’élu a demandé au Bureau de la Chambre basse la mise en place d’une commission parlementaire chargée de suivre le processus de restitution jusqu’au retour effectif de ces dépouilles en RDC.
L’intervention de l’ancien ministre de la Santé s’appuie notamment sur sa visite à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique, à Bruxelles, où sont conservés plusieurs restes humains provenant du Congo. Devant ses collègues, Mbungani a refusé de réduire la question à celle de collections scientifiques : « Derrière les inventaires et les numéros, il y a des existences. Il y a nos aïeux », a-t-il déclaré. Selon les éléments présentés dans sa motion, plus de 300 crânes ainsi que quelques corps entiers seraient concernés. Pour le député, leur restitution ne saurait donc être traitée comme un simple transfert de pièces entre institutions.
La motion intervient alors que le dossier a déjà franchi une étape diplomatique. Jean-Jacques Mbungani a rappelé que la Première ministre Judith Suminwa avait adressé, le 5 juin 2026, une demande officielle de restitution au Gouvernement belge et que le Premier ministre Bart De Wever y avait répondu le 17 septembre. Selon le député, Bruxelles reconnaît dans cette réponse que ces restes ne sont pas de simples objets de collection mais les traces d’existences humaines appelant respect et commémoration. Le dossier implique désormais, côté belge, les départements conduits notamment par Maxime Prévot et Vanessa Matz. « Une réponse officielle existe donc. Mais une réponse n’est pas encore un retour », a insisté Mbungani.

C’est précisément sur cette distance entre l’accord de principe et le rapatriement effectif que l’élu veut désormais placer le Parlement. Identification des dépouilles, détermination de leur provenance, calendrier de restitution, financement, implication des familles et des communautés, conditions d’accueil en RDC et éventuelles réparations mémorielles : autant de questions qui, selon lui, ne peuvent rester exclusivement dans le champ diplomatique. Sa demande est concrète : constituer une commission parlementaire et permettre à des députés d’effectuer une mission en Belgique afin de visiter les lieux de conservation, rencontrer autorités, scientifiques et organisations de la société civile, puis formuler des recommandations au Gouvernement.
Mbungani a également rendu hommage au travail mené en Belgique par AfriqHope ASBL, engagée dans la documentation et la sensibilisation autour de ce dossier. Il a notamment rappelé la cérémonie organisée à huis clos le 24 novembre 2025 à l’Institut royal des Sciences naturelles en mémoire des défunts congolais. Une deuxième commémoration, placée sous le thème « Le Chemin du Retour », est annoncée pour le 24 novembre prochain à Bruxelles. Le député a invité ses collègues qui le peuvent à y participer, estimant qu’« un rapport informe » mais que la confrontation directe avec ces restes humains « impose une responsabilité ».
Au-delà de la restitution matérielle, la motion de Jean-Jacques Mbungani cherche ainsi à faire du dossier une question de mémoire nationale et de responsabilité institutionnelle. L’étape suivante dépend désormais du Bureau de l’Assemblée nationale et de la suite qu’il réservera à la proposition de commission parlementaire. Pour l’élu, l’objectif est déjà fixé : transformer les démarches diplomatiques et les commémorations en processus concret de rapatriement. « Ce ne sont pas des collections qui doivent revenir. Ce sont nos aïeux », a-t-il lancé devant la représentation nationale, avant de demander que « Le Chemin du Retour » cesse d’être seulement le nom d’une cérémonie à Bruxelles pour devenir celui du retour réel des dépouilles sur la terre congolaise.
Par Thierry Bwongo

