KINSHASA — Félix Tshisekedi a réuni mercredi 14 octobre le Conseil supérieur de la Défense à la Cité de l’Union africaine et donné des « instructions précises » aux FARDC et aux services de sécurité. Officiellement, la réunion était consacrée à l’évaluation de la situation sécuritaire sur l’ensemble du territoire. Mais son calendrier retient l’attention : elle intervient deux jours après l’apparition à Goma du Front pour la refondation de la nation (FRN), nouvelle configuration politico-militaire dirigée par l’ancien président Joseph Kabila et intégrant les principaux responsables de l’AFC/M23.
Autour du chef de l’État, la Première ministre, le vice-Premier ministre chargé de la Défense et les principaux responsables de l’appareil sécuritaire ont examiné la situation opérationnelle des unités engagées à travers le pays. Le chef d’état-major général des FARDC a présenté l’évaluation des opérations en cours avant que Félix Tshisekedi, en sa qualité de commandant suprême, ne fixe ses orientations à la chaîne sécuritaire.
À la sortie du Conseil, le général Sylvain Ekenge a résumé la priorité présidentielle : permettre aux forces de défense et aux services de sécurité d’assurer pleinement la défense de l’intégrité territoriale ainsi que la protection des populations civiles et de leurs biens. La communication officielle s’arrête cependant là. Ni la nature exacte des instructions présidentielles, ni les conclusions de l’évaluation militaire, ni d’éventuelles adaptations du dispositif sur les différents fronts n’ont été rendues publiques.
Cette discrétion prend un relief particulier dans le contexte actuel. Dans l’Est, les FARDC restent confrontées à plusieurs foyers d’insécurité tandis que le paysage politico-militaire vient d’être bouleversé par la restructuration de l’AFC/M23 autour du FRN de Joseph Kabila. Plusieurs médias congolais ont d’ailleurs rapproché le Conseil de cette nouvelle donne. Mais aucune communication de la Présidence ne permet, à ce stade, d’affirmer que la création du FRN constituait spécifiquement l’objet de la réunion.
Le Conseil intervient également alors que Kinshasa continue de jouer simultanément les cartes militaire et diplomatique. Quelques jours auparavant, Félix Tshisekedi avait reçu le panel des facilitateurs de l’Union africaine et réaffirmé l’engagement de la RDC dans les processus de Washington et de Doha, tout en réclamant une application concrète et vérifiable des engagements déjà conclus. L’équation reste donc la même : préserver l’option diplomatique sans relâcher le dispositif militaire.
Reste désormais l’épreuve du terrain. Dans une guerre où les communiqués comptent moins que le contrôle effectif des territoires, la portée du Conseil supérieur de la Défense du 14 octobre se mesurera aux changements qu’il produira dans les opérations. Protection des civils, capacité d’anticipation, cohérence du commandement et défense des positions stratégiques seront les véritables indicateurs. Face à une menace qui évolue aussi bien militairement que politiquement, les « instructions précises » annoncées à Kinshasa devront surtout devenir des résultats visibles là où se joue la sécurité du pays.
Par Didier Mbongomingi

