KINSHASA — L’initiatrice de l’Alliance des Forces pour le Bien-être des Congolais (AFBC) et figure de l’opposition républicaine rejette toute conquête ou reconquête du pouvoir par les armes et réclame, face à la nouvelle tension politique provoquée par l’ancien président, l’ouverture d’un dialogue national inclusif.
La rupture politique n’est pas nouvelle. En janvier 2025, l’AFBC avait officiellement quitté le Front commun pour le Congo (FCC), plateforme politique de Joseph Kabila, pour rejoindre l’opposition républicaine, invoquant notamment la nécessité de préserver l’unité nationale face à la guerre dans l’Est. Mais la création d’une nouvelle organisation politico-militaire autour de l’ancien chef de l’État oblige désormais Néné Nkulu à aller plus loin. « La conquête du pouvoir doit procéder de la volonté du peuple » et des règles constitutionnelles, a-t-elle défendu dans sa déclaration, estimant que les divergences politiques, aussi profondes soient-elles, ne peuvent justifier une nouvelle confrontation armée dans un pays déjà ravagé par des décennies de guerre.
Son message vise donc directement la nouvelle orientation prise par son ancien camp, mais sans délivrer de blanc-seing à Félix Tshisekedi. Néné Nkulu revendique le droit pour l’opposition de dénoncer la gouvernance, de contester les choix du pouvoir et de proposer une alternative. Elle trace cependant une frontière : combattre politiquement un régime n’autorise pas à combattre militairement la République. C’est sur cette ligne qu’elle entend maintenir l’AFBC, entre opposition au pouvoir et défense de l’ordre constitutionnel.
La solution qu’elle propose reste celle qu’elle défend depuis plusieurs mois : un dialogue national inclusif, réunissant majorité, opposition, société civile et forces significatives de la Nation. Pas question, selon elle, d’en faire un marché de partage des postes ou un mécanisme destiné à contourner les institutions. Le dialogue devrait plutôt s’attaquer aux causes politiques et sécuritaires de la crise, restaurer la confiance et préserver l’État de droit. L’AFBC avait déjà publiquement soutenu le principe d’un dialogue inclusif et demandé l’implication de la classe politique, des Églises et des partenaires internationaux.
Joseph Kabila se retrouve ainsi directement interpellé par une personnalité qui a appartenu à sa propre famille politique. Néné Nkulu appelle les anciens dirigeants à mesurer le poids particulier de leur responsabilité et les conséquences de leurs choix sur la stabilité du pays. Son avertissement tient en une formule : « Les fonctions politiques sont temporaires. Les mandats ont une durée constitutionnelle. Mais la République, elle, doit demeurer au-dessus des ambitions personnelles. »
Dans une scène politique congolaise qui tend à se polariser entre défense du pouvoir de Kinshasa et radicalisation d’une partie de l’opposition, l’AFBC tente ainsi d’occuper un espace plus étroit : celui d’une opposition qui veut rester critique sans franchir la ligne des armes. Pour Néné Ilunga Nkulu, on peut combattre Tshisekedi politiquement sans prendre les armes avec Kabila. Et l’alternance qu’elle revendique ne devrait avoir qu’un arbitre : le peuple congolais.
Par Didier Mbongomingi

