À Kinshasa, le procès du médecin poursuivi pour maltraitance sur une patiente en post-partum franchit un cap important. Après une deuxième audience marquée par plusieurs témoignages, le Tribunal de grande instance de Kinshasa/Kinkole a renvoyé l’affaire au 1er avril 2026, date fixée pour l’ouverture des plaidoiries.
Sur le plan factuel, plusieurs médecins ont été entendus, aux côtés d’une patiente et de la grand-mère de la victime. La présence attendue de Dorcas Soraya Mulema à la prochaine audience, alors qu’elle poursuit son suivi à l’hôpital Diamant, devrait constituer un moment clé pour la compréhension du dossier. Le prévenu, David Balanganayi, bénéficie par ailleurs d’un renvoi soutenu par le ministère public, notamment au regard de son statut de médecin de l’État.
Mais au-delà des éléments judiciaires, le débat évolue dans l’opinion, notamment au sein du corps médical. Plusieurs praticiens plaident désormais pour une lecture sans passion, centrée sur la singularité du cas clinique. Selon des témoignages évoqués à l’audience, la journée des faits se serait déroulée dans un contexte d’extrême tension, impliquant une patiente dont certains décrivent le profil psychologique comme particulièrement complexe, avec un historique médical et comportemental ayant suscité de fortes inquiétudes sur le risque de mortalité.
Cette approche, défendue par une partie des médecins, tend à replacer les gestes examinés par la justice dans l’angle spécifique de la prise en charge d’une urgence obstétricale difficile. Sans remettre en cause la nécessité de faire toute la lumière sur les faits, plusieurs voix insistent sur la nécessité de distinguer l’émotion provoquée par les images de la réalité technique et humaine d’une intervention en contexte critique.
À mesure que le procès avance, une opinion plus nuancée semble ainsi émerger, avec un courant de soutien croissant en faveur du médecin incriminé, porté notamment par certains de ses pairs. Pour eux, l’enjeu est aussi de protéger la sérénité du débat judiciaire et d’éviter qu’une affaire complexe ne soit réduite à une lecture exclusivement émotionnelle.
Le rendez-vous du 1er avril s’annonce donc décisif : il devra permettre à la justice de confronter les faits, les expertises et les perceptions, afin de trancher avec rigueur dans un dossier où se croisent responsabilité médicale, vulnérabilité de la patiente et pressions inhérentes aux urgences hospitalières.
Par Thierry Bwongo

