À quarante-huit heures d’un scrutin décisif pour l’avenir institutionnel du Sankuru, la majorité présidentielle offre le spectacle d’une fracture ouverte. Deux documents officiels, diffusés à seulement deux jours d’intervalle, exposent au grand jour une rivalité de leadership au sommet de l’Union sacrée de la Nation et de l’UDPS/Tshisekedi autour du choix du futur gouverneur. D’un côté, le communiqué signé le 11 avril par le professeur André Mbata, secrétaire permanent et porte-parole de l’Union sacrée, investit sans ambiguïté le ticket Jules Lodi Emongo – Charles Motomoke Yanape. De l’autre, l’ordre de mission signé le 13 avril par Augustin Kabuya, président ad intérim de l’UDPS, dépêche une mission politique à Lusambo pour soutenir un tout autre duo : Joseph Lumu Akutu et José Dambo Onayimbi. Cette contradiction frontale transforme l’élection provinciale en test grandeur nature de l’autorité réelle au sein du camp présidentiel.
Au-delà du simple désaccord tactique, la polémique révèle une crise plus profonde : celle de la chaîne de commandement politique dans la coalition au pouvoir. Le communiqué d’André Mbata se présente comme la voix officielle de l’Union sacrée, appelant implicitement les députés provinciaux à se rallier à Jules Lodi. Mais la riposte politique d’Augustin Kabuya, à travers une mission formelle de soutien à un “ticket consensuel UDPS et alliés”, vient contester la légitimité même de cette investiture. En filigrane, une question embarrassante se pose : qui parle réellement au nom de la majorité au Sankuru ? Le secrétariat permanent de l’Union sacrée ou le parti présidentiel, pivot de la coalition ? Cette dualité de commandement alimente la confusion dans les rangs des élus provinciaux, appelés à arbitrer non seulement entre des candidats, mais entre deux lignes politiques concurrentes.


Cette bataille des courriers prend une dimension encore plus sensible en raison du profil de Jules Lodi Emongo, ancien gouverneur et aujourd’hui figure clivante de la scène politique sankuroise. Son retour, porté par André Mbata, est loin de faire l’unanimité, y compris dans les cercles proches de l’UDPS. Plusieurs cadres du parti présidentiel rappellent son parcours politique mouvant et son précédent passage à la tête de la province, dont le bilan reste contesté. Le fait que l’UDPS choisisse publiquement de promouvoir un ticket alternatif traduit moins une simple préférence électorale qu’une volonté d’empêcher ce qui est perçu par certains comme une “imposition” venue de Kinshasa.
Le plus préoccupant, cependant, est l’effet institutionnel de cette querelle sur la crédibilité du processus. Déjà fragilisée par un contentieux devant le Conseil d’État autour de certaines candidatures, l’élection du 15 avril se déroule dans un climat de suspicion où chaque camp tente de mobiliser ses relais. La CENI a maintenu son calendrier malgré les tensions judiciaires, mais la guerre d’investitures au sein de la majorité risque de déplacer le centre de gravité du scrutin : l’enjeu n’est plus seulement de désigner un gouverneur, mais de mesurer quel pôle du pouvoir central contrôle encore les leviers politiques au Sankuru.


Dans les couloirs de Lusambo, cette confrontation entre le camp Mbata et le camp Kabuya est désormais perçue comme un bras de fer à forte portée nationale. Le Sankuru devient ainsi le théâtre d’une bataille symbolique sur la gouvernance interne de l’Union sacrée, où se joue la capacité du pouvoir à parler d’une seule voix dans les provinces. Si aucun arbitrage politique n’intervient avant le vote, les 25 députés provinciaux pourraient se retrouver face à un choix hautement politique : élire un gouverneur, certes, mais surtout départager deux centres d’influence rivaux au sein du même pouvoir. Et dans ce duel silencieux entre investiture officielle et contre-investiture partisane, c’est la cohésion même de la majorité qui vacille.
Par Thierry Bwongo

