L’arrivée à Kinshasa de 121 ressortissants congolais rapatriés d’Afrique du Sud dépasse le simple cadre d’une opération humanitaire. Accueillis à l’aéroport international de N’Djili après un vol affrété par Air Congo, ces hommes, ces femmes et ces enfants incarnent le retour d’un État qui entend désormais assumer pleinement son devoir de protection envers ses citoyens, où qu’ils se trouvent. Ce premier vol ouvre une opération plus vaste, plus de 260 demandes de rapatriement volontaire ayant déjà été validées.
Cette initiative intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des violences xénophobes en Afrique du Sud. Depuis plusieurs mois, des migrants africains vivent sous la menace d’agressions, de pillages et de discours hostiles alimentés par les difficultés économiques et sociales. Pour de nombreux Congolais installés à Johannesburg, Pretoria ou Durban, le retour au pays est devenu une question de sécurité plus qu’un choix de vie.
Face à cette situation, Kinshasa a réagi en activant une cellule de crise, mobilisant son ambassade à Pretoria pour identifier les compatriotes souhaitant rentrer et coordonner leur évacuation. L’implication de la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, puis l’accueil officiel des rapatriés par la vice-ministre Noëlla Ayeganagato, traduisent une volonté politique d’affirmer que la protection consulaire constitue désormais une priorité de l’action diplomatique congolaise.
Mais le véritable défi commence après l’atterrissage. Beaucoup de ces rapatriés ont laissé derrière eux leurs emplois, leurs commerces ou leurs économies. Sans dispositif d’accompagnement, leur retour risque de se transformer en une nouvelle épreuve. Au-delà de l’accueil, l’État devra mettre en place des mécanismes de réinsertion sociale, de formation et d’accès à l’emploi afin de transformer ce retour contraint en une véritable opportunité de reconstruction.
Cette opération envoie également un message à l’ensemble de la diaspora congolaise. Dans un monde où les crises migratoires se multiplient, la capacité d’un État à assister ses ressortissants à l’étranger devient un indicateur de sa crédibilité. Pour la RDC, dont la diaspora contribue chaque année de manière significative à l’économie nationale par les transferts de fonds, ce rapatriement constitue aussi un geste de reconnaissance envers ces citoyens vivant hors des frontières.
L’épisode sud-africain rappelle toutefois une contradiction majeure du continent. Alors que l’Union africaine défend la libre circulation des personnes et l’intégration régionale, de nombreux migrants africains continuent d’être confrontés à la xénophobie dans d’autres pays africains. Cette réalité interpelle autant les gouvernements que les institutions continentales sur la nécessité de mieux protéger les droits des citoyens africains au sein même de l’Afrique.
Pour les 121 premiers rapatriés, retrouver la RDC représente avant tout la fin d’une période de peur et d’incertitude. Pour les autorités congolaises, cette opération marque le début d’une responsabilité plus grande : démontrer que le retour au pays ne se limite pas à un vol de rapatriement, mais ouvre la voie à une réintégration durable. C’est à cette condition que cette initiative pourra véritablement symboliser le retour d’un État protecteur, attentif à ses citoyens, à l’intérieur comme au-delà de ses frontières.
Par Guy Roger Tshitenge

