KINSHASA — La menace est désormais devenue une procédure parlementaire. La députée nationale Hermione Bolumbe Bakando a déposé, ce vendredi 23 octobre, sa motion de défiance contre le ministre d’État chargé de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi. Soutenue, selon l’initiatrice, par plus de 70 signatures, la démarche place désormais le membre du gouvernement devant l’une des procédures de contrôle politique les plus lourdes de l’Assemblée nationale. Au cœur du bras de fer : les 57 millions de dollars du Projet d’entrepreneuriat des jeunes dans l’agriculture et l’agro-business (PEJAB), financé par la Banque africaine de développement.
Le dépôt intervient deux jours après la comparution de Muhindo Nzangi devant les députés dans le cadre d’une question orale avec débat initiée par l’élue de Mont-Amba. Hermione Bolumbe Bakando voulait notamment connaître le nombre d’entreprises effectivement créées, les jeunes ayant bénéficié des financements ainsi que l’utilisation des ressources mobilisées pour le PEJAB. À l’issue de l’exercice, elle avait jugé les explications du ministre insuffisantes et annoncé qu’elle passerait à la motion de défiance.

L’accusation est lourde. La députée évoque un détournement présumé de 57 millions USD et affirme qu’une note du directeur de cabinet du chef de l’État aurait déjà alerté le ministre sur des irrégularités concernant ces fonds. « Il faudrait que cette hémorragie s’arrête », avait-elle lancé devant ses collègues. À ce stade, cependant, le détournement allégué n’est pas établi par une décision judiciaire : il s’agit d’accusations portées dans le cadre du contrôle parlementaire.
Muhindo Nzangi oppose une version radicalement différente. Devant la représentation nationale, le ministre a affirmé que les 57 millions USD correspondent à l’enveloppe du projet, soit 40 millions d’unités de compte, et que les ressources sont toujours disponibles. Selon lui, les jeunes présentent progressivement leurs plans d’affaires et les projets retenus sont financés au fur et à mesure. Il a également expliqué que certaines difficultés d’exécution proviennent des contraintes prévues dans les accords conclus avec les bailleurs.

C’est précisément cette contradiction que la procédure parlementaire devra maintenant départager politiquement : d’un côté, une députée qui estime que les réponses données ne permettent pas de retracer suffisamment les résultats et l’utilisation des financements ; de l’autre, un ministre qui affirme que 57 millions USD ne signifient pas 57 millions effectivement décaissés puis disparus et soutient que le programme continue à financer ses bénéficiaires. Cette distinction est déterminante pour éviter de transformer une accusation parlementaire en détournement déjà établi.
Avec le dépôt effectif de la motion, l’affaire change néanmoins de dimension. Il ne s’agit plus d’une simple question orale ou d’une menace lancée depuis la tribune de l’Assemblée nationale. Hermione Bolumbe Bakando demande désormais formellement à ses collègues de retirer leur confiance au ministre d’État. Si le soutien de plus de 70 députés annoncé autour du texte se maintient jusqu’à son examen, Muhindo Nzangi devra désormais défendre non seulement la gestion du PEJAB, mais aussi son maintien au gouvernement.
Par Thierry Bwongo

