BUNIA — La riposte contre la maladie à virus Ebola se renforce en Ituri avec la présence à Bunia du Professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et figure historique de la lutte contre Ebola en République démocratique du Congo. Arrivé dans le chef-lieu de l’Ituri depuis vendredi, le virologue congolais y effectue une mission destinée à renforcer la préparation, la coordination et la réponse opérationnelle face à l’évolution de l’épidémie.
Cette présence intervient alors que l’Ituri demeure, selon les données communiquées dans les informations disponibles, l’épicentre de la flambée. Au 7 septembre, 5 406 cas confirmés y étaient rapportés sur un total national de 6 757 cas et 3 267 décès, répartis dans 61 zones de santé de six provinces. Des informations locales faisaient par ailleurs état, samedi, d’une extension à une septième province. Ces chiffres et cette extension géographique renforcent l’enjeu d’une surveillance capable de détecter rapidement les nouveaux foyers et d’interrompre les chaînes de transmission.

À Bunia, le professeur Muyembe a rencontré les professionnels engagés dans la riposte et visité des installations de prise en charge. Il a surtout rappelé la responsabilité particulière qui incombe aujourd’hui à la RDC, forte de plusieurs décennies d’expérience accumulée depuis l’identification d’Ebola en 1976. « Le Président de la République nous fait confiance. Le monde entier nous regarde. Nous avons affirmé que la RDC dispose d’une grande expérience face à Ebola ; nous devons aujourd’hui le démontrer sur le terrain », a-t-il déclaré.
La mission comporte également un important volet de coordination internationale. Jean-Jacques Muyembe s’est entretenu avec les équipes intervenant dans les différents piliers de la réponse, notamment celles de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), conduites par la nouvelle Incident Manager, Dr Catherine Smallwood. Les discussions ont porté sur les priorités opérationnelles, la coordination entre acteurs et le renforcement des capacités permettant d’améliorer la détection des cas, leur prise en charge, la prévention et le contrôle des infections ainsi que la surveillance épidémiologique.

Un autre enjeu majeur se joue désormais sur le terrain de la recherche clinique. Selon les éléments communiqués, l’essai PARTNERS, soutenu par l’OMS, évalue des traitements potentiels, tandis que des recherches vaccinales portent sur des candidats spécifiquement dirigés contre le virus Bundibugyo. La possibilité d’une protection croisée offerte par Ervebo, vaccin déjà homologué contre une autre espèce d’Ebolavirus, est également étudiée. L’OMS indique que des signaux de protection croisée ont été observés chez l’animal, mais que les données disponibles ne permettent pas encore d’établir son efficacité contre Bundibugyo chez l’être humain ; son utilisation dans ce contexte doit donc rester encadrée par des protocoles de recherche.
La présence de Muyembe à Bunia prend ainsi une dimension qui dépasse la seule supervision d’une mission sanitaire. Elle traduit la volonté de transformer l’expérience congolaise des précédentes épidémies en capacité opérationnelle immédiate. Surveillance communautaire, diagnostic rapide, isolement, prise en charge, suivi des contacts, contrôle des infections et recherche doivent fonctionner comme les différentes composantes d’une même chaîne. Une faiblesse dans l’un de ces maillons peut compromettre les progrès enregistrés dans les autres.

Cette mission intervient aussi au moment où le Gouvernement affirme que l’épidémie est globalement sous contrôle et que son pic a été franchi. Le Conseil des ministres du 11 septembre a néanmoins lui-même appelé au maintien d’une surveillance prioritaire dans plusieurs zones confrontées à de récentes flambées et confirmé l’apparition d’un cas au Sud-Ubangi. La présence sur le terrain de l’un des principaux spécialistes congolais d’Ebola illustre donc la nécessité de ne pas confondre tendance nationale à la baisse et fin du risque épidémique.
À Bunia, Jean-Jacques Muyembe porte finalement un défi autant scientifique qu’institutionnel : démontrer que les décennies d’expérience acquises par la RDC peuvent désormais se traduire par une riposte plus rapide, mieux coordonnée et fondée sur les données. Face à une épidémie qui continue d’exiger une vigilance maximale, la question n’est plus seulement de savoir si le pic a été dépassé, mais si chaque chaîne de transmission peut être identifiée et interrompue avant qu’elle n’ouvre un nouveau foyer.
Par la Rédaction

