KINSHASA — Peut-on guérir d’Ebola et contracter de nouveau la maladie pendant la même épidémie ? Alors que la RDC affronte sa 17ᵉ épidémie, provoquée cette fois par le virus Bundibugyo, l’ancien ministre de la Santé et député national Jean-Jacques Mbungani remet cette question au centre du débat sanitaire. Avec plus de 8 300 cas confirmés et plus de 4 000 décès recensés début octobre, et plus de 2 000 survivants, la question de l’immunité après guérison prend désormais une importance particulière dans la stratégie de riposte.
Pour Jean-Jacques Mbungani, trois situations doivent d’abord être distinguées : la rechute, la réinfection et la diminution progressive de la réponse immunitaire. Après une guérison, l’organisme développe une réponse immunitaire qui peut persister longtemps. Mais cela ne signifie pas qu’une personne bénéficie d’une immunité absolue et définitive. Quelques fois, le virus peut également persister dans certains compartiments de l’organisme après la disparition des symptômes et provoquer ultérieurement une rechute. Celle-ci ne correspond pas à une nouvelle contamination, mais à la persistance du virus issu de l’infection initiale.
La véritable réinfection soulève une question différente. « Il n’existe pas un seul virus Ebola », rappelle en substance Mbungani.
La famille des orthoebolavirus comprend 6 espèces capables de provoquer la maladie chez l’être humain, notamment les virus EbolaZaire, Bundibugyo, Soudan, Reston, Bombati et Taï Forest.
Une infection antérieure par l’une d’elles ne permet pas d’affirmer qu’une personne sera totalement protégée contre une autre souche.
Même après une infection avec l’actuelle souche Budibugyo, la science ne permet pas aujourd’hui d’attribuer à chaque survivant un pourcentage précis de protection contre une nouvelle infection d’une autre souche du virus Ebola.
Les réinfections semblent rares, mais un ancien malade présentant de nouveaux symptômes compatibles doit donc être évalué médicalement plutôt que considéré automatiquement comme immunisé.
La question devient encore plus complexe avec la vaccination. Le vaccin ERVEBO, utilisé contre Ebola virus — anciennement appelé virus Ebola Zaïre — n’est pas homologué contre Bundibugyo. Mais une évolution scientifique importante est en cours : des données expérimentales suggèrent une possible protection croisée, suffisamment intéressante pour que l’OMS recommande son évaluation pendant l’épidémie congolaise. ERVEBO est donc administré contre Bundibugyo uniquement dans le cadre de protocoles de recherche, notamment à des personnels de santé et de première ligne. Son efficacité réelle contre Bundibugyo chez l’être humain demeure inconnue et ne peut, à ce stade, être présentée comme acquise.
Mbungani attire également l’attention sur la surveillance génomique. Comme les autres virus à ARN, Bundibugyo évolue au fil des transmissions et de petites variations génétiques peuvent apparaître. Cela ne signifie pas automatiquement qu’une nouvelle souche plus dangereuse est apparue. Le séquençage permet en revanche de comparer les virus prélevés chez différents patients, de rechercher les liens entre foyers et de mieux reconstruire les chaînes de transmission. Le député national plaide ainsi pour un séquençage renforcé des nouveaux foyers et pour un suivi scientifique des survivants afin de mieux comprendre la durée de leur réponse immunitaire, les phénomènes de persistance virale et les éventuels cas de réinfection.
La réponse à la question posée par Jean-Jacques Mbungani est donc plus nuancée qu’un simple oui ou non : guérir d’Ebola produit une réponse immunitaire potentiellement durable, mais ne permet pas de décréter une invulnérabilité absolue. Dans l’épidémie actuelle de Bundibugyo, où aucun vaccin spécifiquement homologué contre ce virus n’est encore disponible, cette incertitude scientifique renforce l’importance du suivi des survivants, du séquençage, de la détection précoce, de l’isolement des cas, du suivi des contacts et de la prévention. Pour la RDC, qui compte désormais des milliers de survivants, comprendre l’immunité après guérison devient ainsi une composante à part entière de la lutte contre l’épidémie.
Par Thierry Bwongo

