Kinshasa — Solidaire des professionnels de santé engagés dans un mouvement de grève, le député national et médecin Jean-Jacques Mbungani Mbanda leur demande cependant de ne pas laisser Ebola transformer la contestation sociale en rupture des soins vitaux. Dans une déclaration adressée aux médecins, infirmiers et autres agents du secteur, l’ancien ministre de la Santé reconnaît la légitimité de leurs revendications, tout en appelant particulièrement les équipes déployées dans les zones épidémiques à maintenir les services essentiels.
« Vos revendications sont légitimes, mais face à Ebola, notre serment nous impose une responsabilité supplémentaire », insiste Jean-Jacques Mbungani. Admission sous statut, promotions en grades, mécanisation, alignement à la prime de risque professionnel et paiement des arriérés : le député considère que ces demandes appellent des réponses concrètes de l’État. Pour lui, ceux qui assurent quotidiennement la prise en charge des malades doivent bénéficier d’une rémunération digne et d’une reconnaissance administrative correspondant aux responsabilités et aux risques qu’ils assument.
Son appel prend cependant une dimension particulière dans les zones confrontées à Ebola et aux autres urgences sanitaires. Une interruption totale de la prise en charge pourrait, prévient-il, mettre directement des vies en danger et fragiliser davantage des communautés déjà éprouvées. « La revendication sociale ne doit pas conduire à abandonner les compatriotes qui, dans un centre de traitement ou dans une zone d’épidémie, n’ont parfois plus que le personnel soignant comme dernier rempart entre la maladie et la mort », plaide-t-il.
Mbungani ne demande pas pour autant aux soignants de renoncer à la grève ni à leurs droits. Il préconise plutôt le maintien d’un service minimum dans les unités essentielles, particulièrement celles engagées dans la riposte aux épidémies. Médecins, infirmiers, laborantins, hygiénistes et équipes de surveillance figurent eux-mêmes parmi les professionnels les plus exposés. À ses yeux, leur devoir envers les malades doit donc aller de pair avec le devoir de l’État de les protéger et de répondre à leurs revendications.
Le député interpelle parallèlement le Gouvernement. Il annonce vouloir porter ces préoccupations au Parlement, notamment lors de l’examen du prochain budget de l’État. Mécanisation, primes de risque, promotions et amélioration des conditions de travail devront, selon lui, sortir du registre des promesses pour trouver une traduction budgétaire « réelle, chiffrée et exécutable ». Il appelle également les autorités et les organisations syndicales à maintenir le dialogue afin d’éviter l’enlisement de la crise.
Pour Jean-Jacques Mbungani, il ne devrait finalement pas y avoir à choisir entre les droits des professionnels de santé et ceux des patients. « Défendre les droits des soignants et protéger la vie des malades ne sont pas deux combats opposés. Ce sont deux exigences qui doivent avancer ensemble. » Une ligne de crête qui place désormais le Gouvernement devant sa propre responsabilité : demander aux blouses blanches de continuer à sauver des vies suppose aussi de leur donner les moyens matériels, professionnels et sociaux d’accomplir cette mission.
Par Thierry Bwongo

