Pour Denis Mukwenge, les récentes démissions de Vital Kamerhe et de Bahati Lukwebo, tous deux originaires du Sud-Kivu, révèlent une crise profonde de dignité et de responsabilité au sommet de l’État congolais. Selon lui, si la démission peut parfois constituer un acte de responsabilité démocratique, le contexte actuel illustre plutôt une pression excessive des courtisans du pouvoir et une humiliation publique des élus dissidents.
« Ce qui interpelle », explique le Dr Mukwenge, « c’est que ces leaders ont osé représenter le peuple souverain, mais leur courage a été affaibli par des gestes publics de soumission au président. Dans une démocratie normale, ce sont les représentants du peuple qui contrôlent l’action présidentielle. Ici, c’est l’inverse : le pouvoir sanctionne ceux qui expriment un désaccord. »
L’analyste rappelle un adage traditionnel partagé à travers le pays : « O’Mushi ayuma c’arhabola », ou en kiyombe « Mutu uyuma kabolanga ko » – « Un bon citoyen peut mourir, mais il ne pourrit pas ». Pour lui, ce principe devrait guider les élus : rester dignes face aux pressions et défendre l’intérêt du peuple, même au prix de leur carrière politique. « Patrice Lumumba nous a montré que la dignité et la responsabilité sont les piliers de la vraie politique », souligne-t-il.
Selon le Dr Mukwenge, la manière dont Vital Kamerhe et Bahati Lukwebo ont quitté leurs fonctions en quémandant la grâce présidentielle affaiblit le message de courage et d’exemplarité. « La fermeté et la dignité auraient amplifié la valeur de leur prise de position », note-t-il, « au lieu de cela, leur démarche dilue le courage nécessaire pour inspirer confiance et résilience dans un moment crucial pour la nation. »
Il met également en garde les élus encore en poste : « La majorité actuelle peut sembler forte, mais elle repose trop souvent sur l’intérêt personnel et la peur. La véritable responsabilité politique exige de rester ferme, de dire la vérité au pouvoir et de protéger la souveraineté du peuple. »
Pour Denis Mukwenge, la responsabilité revient aussi au président : écouter la voix de la conscience et du peuple plutôt que celle des courtisans. « La liberté et la dignité nationale ne peuvent être sacrifiées sur l’autel de la peur ou de la soumission », conclut-il, rappelant que l’honneur des institutions et le futur du pays exigent courage et lucidité.
Par Thierry Bwongo

