KINSHASA — Pour Ensemble pour la République, le durcissement spectaculaire de Joseph Kabila n’est pas né dans le vide. Le parti de Moïse Katumbi accuse le pouvoir de Félix Tshisekedi d’avoir contribué à la « radicalisation des contestations » en écartant, selon lui, plusieurs initiatives de dialogue et pistes de sortie de crise. Une lecture défendue par son porte-parole Hervé Diakiese, alors que l’ancien chef de l’État vient lui-même de durcir son discours contre le régime et de remettre le dialogue national inclusif au centre de son offensive politique.
Dans une interview accordée à AXEmedia, Hervé Diakiese reproche au pouvoir d’avoir « méprisé », « rejeté » ou « ignoré » différentes initiatives de paix. Le porte-parole d’Ensemble cite notamment les démarches régionales et estime que Félix Tshisekedi n’aurait pas suffisamment tenu compte des pistes proposées par certains dirigeants de la sous-région, dont le président angolais João Lourenço. « Dans ce genre de contexte, il se retrouve face à une radicalisation des contestations », soutient-il, faisant ainsi porter au pouvoir une part de responsabilité politique dans le durcissement actuel.
Cette lecture intervient quelques jours après la nouvelle adresse de Joseph Kabila. Le 9 octobre, l’ancien président a accusé les autorités d’avoir ignoré ses propositions formulées depuis mai 2025 et dénoncé ce qu’il qualifie de « refus méprisant » des initiatives en faveur d’un dialogue véritablement inclusif. Il affirme désormais que le pays est « en péril » et reproche au pouvoir de rechercher la soumission de ses adversaires plutôt qu’un compromis politique. Cette sortie a profondément divisé la classe politique congolaise.

Ensemble pour la République se démarque toutefois en cherchant les causes politiques de cette radicalisation plutôt qu’en se limitant à la condamner. Pour le parti de Moïse Katumbi, la sortie de crise passe par « un dialogue inclusif, sans autre préalable qu’une médiation indépendante ». Une position qui rejoint partiellement les appels au dialogue formulés depuis plusieurs mois par différentes forces politiques et religieuses, mais qui bute toujours sur les mêmes questions : qui doit participer, sous quelle médiation, avec quel agenda et quelles limites pour les acteurs poursuivis ou impliqués dans la crise sécuritaire ?
Le pouvoir rejette cette lecture des événements. Le gouvernement affirme au contraire que Félix Tshisekedi a ouvert la voie à un dialogue national et reste engagé dans les processus diplomatiques de Washington et Doha ainsi que dans la médiation africaine. Le 9 octobre, le chef de l’État a d’ailleurs reçu à Kinshasa le panel des facilitateurs de l’Union africaine, venu travailler notamment sur la cessation des hostilités, la réconciliation, l’inclusivité et la gouvernance des ressources naturelles. Le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a parallèlement répondu à Kabila en l’accusant de proposer le « chaos » plutôt qu’une solution à la crise.
La controverse dépasse désormais la seule confrontation Tshisekedi-Kabila. Elle pose la question de l’espace politique encore disponible entre le dialogue et la confrontation. Ensemble estime que la fermeture de certaines pistes de compromis a favorisé la radicalisation ; le pouvoir considère au contraire qu’un dialogue ne peut effacer les responsabilités liées à la crise sécuritaire. Entre ces deux positions, la médiation africaine devra tenter de construire un cadre suffisamment inclusif pour ramener les adversaires politiques autour d’une table, sans transformer le dialogue en mécanisme d’impunité. C’est probablement sur cette ligne de fracture que se jouera une partie de la prochaine séquence politique congolaise.
Par Thierry Bwongo

