KINSHASA — Le projet quitte progressivement les présentations pour entrer dans sa phase opérationnelle. L’Inspection générale des finances (IGF) vient de lancer le recrutement d’un cabinet spécialisé chargé de concevoir, réaliser et déployer l’entrepôt de données financières qui constituera son futur Hub national de données. Une étape déterminante dans la stratégie portée par l’Inspecteur général des finances-chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii, pour faire évoluer le contrôle des finances publiques vers un dispositif davantage systémique, numérique et fondé sur l’exploitation des données.
L’avis de marché publié le 13 octobre confirme la matérialisation d’un projet que l’IGF présente depuis plusieurs mois comme l’un des piliers de son Schéma directeur de digitalisation 2026-2028. Le cabinet recherché devra accompagner la conception et le déploiement de l’entrepôt de données financières de l’institution. Derrière cette infrastructure informatique se trouve une ambition plus large : permettre progressivement au contrôle public de croiser et d’exploiter d’importants volumes d’informations financières plutôt que de dépendre essentiellement d’interventions ponctuelles.

Cette étape intervient quelques jours seulement après la mission effectuée par une délégation de l’IGF à Francfort, en Allemagne. Christophe Bitasimwa et ses collaborateurs y avaient échangé pendant plus de quatre heures avec des spécialistes du génie logiciel sur l’architecture informatique, l’intégration des systèmes, l’interconnexion et l’exploitation des données. L’IGF y avait précisément présenté son projet de Hub national et recherché les technologies susceptibles d’en accompagner la réalisation. Le lancement du recrutement permet désormais de passer de cette phase d’exploration technologique à celle de la sélection d’une expertise chargée de construire effectivement le dispositif.
L’enjeu dépasse la simple acquisition d’un logiciel. Le futur Hub doit permettre de collecter, centraliser, croiser et analyser les données financières de l’État, avec l’objectif d’identifier plus rapidement les incohérences et les zones de risque. C’est le cœur du « contrôle systémique » lancé en mai par l’IGF : passer progressivement d’un contrôle largement déclenché autour d’opérations ou de dossiers déterminés à une surveillance capable d’exploiter les données pour orienter les investigations et anticiper certaines irrégularités. Le Schéma directeur de digitalisation 2026-2028 constitue le socle de cette transformation.

Mais la réussite du Hub se mesurera moins à sa sophistication technologique qu’à la qualité des données qu’il pourra effectivement exploiter. Un entrepôt national n’a de valeur que si les systèmes financiers peuvent communiquer entre eux, si les informations remontent de manière fiable et suffisamment rapide, et si leur accès est rigoureusement sécurisé. Interopérabilité, cybersécurité, gouvernance des accès, souveraineté des données et capacités techniques des inspecteurs deviennent ainsi aussi importantes que le logiciel lui-même. La technologie pourra signaler une anomalie ; elle ne remplacera ni l’investigation, ni la responsabilité administrative, ni les sanctions lorsque des irrégularités sont établies.
Le lancement du recrutement constitue néanmoins un tournant concret pour la réforme engagée par l’IGF. Après le lancement du contrôle systémique en mai, les démarches de coopération technique menées en Europe et la recherche de solutions technologiques à Francfort, le Hub national des données financières entre désormais dans la phase où la vision devra produire une infrastructure fonctionnelle. Le véritable test viendra ensuite : démontrer que la donnée permet effectivement de détecter les risques plus tôt, de mieux cibler les contrôles et, surtout, d’empêcher que des anomalies détectables ne se transforment en pertes pour le Trésor public.
Par Didier Mbongomingi

