KINSHASA — L’Inspection générale des finances (IGF) élargit le cercle autour de sa réforme. Après avoir présenté son Plan stratégique triennal 2026-2028 à différents acteurs institutionnels, elle a ouvert, les 21 et 22 octobre à Kinshasa, le débat au monde académique et scientifique. Professeurs, chercheurs et experts ont globalement soutenu l’ambition de passer d’un contrôle traditionnel essentiellement fondé sur la conformité à un contrôle systémique, préventif et numérisé, tout en identifiant plusieurs conditions indispensables à sa réussite.
Réunis au Salon Congo du Pullman Hôtel Kinshasa pour ce quatrième séminaire consacré à la vulgarisation de la réforme, les participants ont placé le numérique au centre des échanges. L’objectif affiché par l’IGF est d’utiliser davantage les données pour détecter précocement les anomalies, cartographier les risques et orienter les contrôles vers les opérations et secteurs présentant les vulnérabilités les plus importantes.

À l’ouverture des travaux, l’Inspecteur général des finances-chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii, a défendu cette évolution comme l’un des piliers du Plan stratégique triennal 2026-2028. Le changement recherché est profond : ne plus attendre uniquement qu’une irrégularité soit commise pour la constater, mais construire un dispositif capable d’exploiter et de croiser les informations financières afin d’identifier les risques en amont. Le contrôle systémique ambitionne ainsi de renforcer simultanément prévention, transparence et performance dans la gestion publique.
Le monde académique n’a toutefois pas réduit la transformation numérique à l’acquisition de logiciels. Les discussions ont mis en évidence plusieurs obstacles : insuffisance des infrastructures numériques, accès encore irrégulier à l’électricité, faiblesse du financement de la recherche et résistance au changement. Les participants ont également insisté sur l’éthique, la responsabilité des agents publics et la nécessité de disposer d’indicateurs permettant de mesurer réellement les performances des administrations.

Les interventions des professeurs Ekolo Adiaka, Kodjo Ndukuma Adjayi et Claude Sumata Motukula, de l’Inspecteur général des finances émérite Tshibangu Luamuela, ainsi que d’Olga Kavira Kinyamusiti, conseillère au ministère de l’Économie numérique, ont notamment porté sur la transformation numérique de l’enseignement supérieur, la sécurisation des recettes universitaires, l’audit interne et l’interopérabilité des systèmes administratifs. Des expériences étrangères, notamment celles de l’Estonie, du Danemark, du Rwanda et du Kenya, ont également servi de points de comparaison sur la dématérialisation des procédures et la sécurisation des données publiques.
Une idée forte ressort ainsi des deux journées : la technologie seule ne suffira pas à réussir le contrôle systémique. Pour que les données deviennent réellement un instrument de surveillance des finances publiques, encore faut-il qu’elles soient fiables, disponibles, sécurisées et échangeables entre administrations. La qualité des infrastructures, la cybersécurité, la formation des agents et la gouvernance des accès deviennent dès lors aussi importantes que les outils numériques eux-mêmes.

Au terme du séminaire, plusieurs priorités ont été dégagées : renforcer les infrastructures et les compétences numériques, encourager la recherche appliquée, sécuriser les échanges de données et développer les passerelles entre l’IGF et les universités. L’institution cherche ainsi à faire du monde scientifique non seulement un observateur de sa réforme, mais également un réservoir d’expertise susceptible d’accompagner sa mise en œuvre.
Après la définition de son Plan stratégique 2026-2028 et les démarches engagées autour de la digitalisation de ses méthodes de travail, l’IGF entre désormais dans la partie la plus exigeante de sa réforme : transformer l’ambition du contrôle systémique en capacité opérationnelle. L’adhésion du monde académique constitue un appui ; la véritable épreuve sera désormais celle des infrastructures, de l’interconnexion des données, des compétences humaines et surtout des résultats mesurables dans la prévention des irrégularités affectant les finances publiques.
Par Didier Mbongomingi

