ISIRO — Une tension communautaire aux conséquences potentiellement économiques s’installe à Isiro, chef-lieu du Haut-Uele. La communauté Kyaghanda Yira, également connue comme communauté Nande, proteste contre la détention de son président, Kambere Adonis, à l’auditorat militaire de garnison d’Isiro. Pour obtenir sa libération, ses responsables ont appelé leurs membres à fermer leurs activités commerciales à partir de ce samedi 12 septembre 2026, à Isiro et dans le reste de la province.
Dans une déclaration rendue publique vendredi et signée par son vice-président Michel Kakule, Kyaghanda Yira qualifie l’arrestation de son président d’« arbitraire ». La communauté soutient que les faits qui lui seraient reprochés seraient « non infractionnels » et considère, sur cette base, que son maintien en détention n’est pas justifié. À ce stade toutefois, cette appréciation constitue la position de la communauté : les motifs précis de l’interpellation et la qualification retenue par l’auditorat militaire n’ont pas été exposés dans les éléments disponibles.
La riposte annoncée dépasse le cadre d’une simple déclaration de protestation. Kyaghanda Yira appelle à la suspension des activités économiques exploitées par ses membres, notamment les boutiques, pharmacies, alimentations, garages et ateliers de menuiserie. La consigne doit rester en vigueur jusqu’à la libération de Kambere Adonis, faisant ainsi de la fermeture des commerces un moyen de pression sur les autorités.
À Isiro, l’impact d’une telle mobilisation pourrait rapidement se faire sentir si le mot d’ordre est largement suivi. La fermeture simultanée de commerces et de services de proximité peut perturber l’approvisionnement de certains quartiers et l’accès à plusieurs prestations courantes. Le cas des pharmacies rend la situation particulièrement sensible : une protestation politique ou communautaire prolongée ne devrait pas compromettre l’accès de la population aux médicaments et autres produits essentiels.
L’affaire place désormais les autorités judiciaires et administratives devant un double défi. D’un côté, la justice doit pouvoir exercer ses prérogatives sans pression, dans le respect des droits de la personne interpellée et des procédures prévues par la loi. De l’autre, la contestation exprimée par Kyaghanda Yira appelle une clarification rapide sur les raisons de l’arrestation afin d’éviter que l’absence d’informations ne favorise les rumeurs, la radicalisation des positions ou une paralysie prolongée de certaines activités économiques.
La communauté Nande dispose d’une présence économique importante dans plusieurs villes de l’Est et du Nord-Est de la RDC, ce qui donne à ce type de mot d’ordre une portée dépassant la seule contestation symbolique. À Isiro, l’enjeu sera donc d’observer l’ampleur réelle de la fermeture annoncée et la réaction des autorités provinciales face aux revendications formulées par les responsables communautaires.
Pour l’heure, deux versions ne peuvent encore être confrontées, puisque seuls les arguments de Kyaghanda Yira sont exposés dans les informations disponibles. Une communication de l’auditorat militaire sur les motifs juridiques de l’interpellation de Kambere Adonis permettrait de mieux apprécier la situation. En attendant, l’affaire quitte déjà le seul terrain judiciaire : avec la fermeture annoncée des commerces, l’arrestation d’un responsable communautaire risque désormais d’avoir des répercussions sur la vie quotidienne et l’économie d’Isiro.
Par Kanoba Obadias

